Le blog de Jacques Rigaut par Jean-Luc Bitton son biographe & Emma Rebato

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"Mon livre de chevet, c'est un revolver."


Ce blog est le livre "Debord" de mon travail en cours sur Jacques Rigaut,
un «work in progress», souvent méconnu, du biographe à l'oeuvre...
(Cette biographie paraîtra chez Denoël.)

Jean-Luc Bitton



:: 30.8.05 ::

Lettre des bords de Loire
 



Il y a des lettres qui vous mettent du baume au coeur. Au moment où mes recherches deviennent de plus en plus laborieuses et que je dois sérieusement songer à (re) trouver un emploi (l'altruisme enthousiaste du biographe est vite rattrapé par les contingences quotidiennes), la lettre d'un monsieur de 95 ans m'apporte un peu de réconfort.

" (...) Je ne saurais guère vous dire plus là-dessus, d'autant plus que le temps efface pour l'auteur les origines du livre. Nul doute que votre biographie m'apprendra beaucoup, je vous en remercie d'avance. Julien Gracq" (Lettre du 25 août 2005 à JLB)

"Pourquoi voulez-vous mourir?"
- Oh! c'est une longue histoire..."
Il haussa les épaules avec lassitude.
"Pourquoi j'ai voulu mourir n'a peut-être
maintenant plus guère d'importance. A quoi bon?
Mais je retournerai votre question.
- Croyez-vous donc que je puisse vivre, maintenant?"

("Un Beau Ténébreux",
Julien Gracq, Ed. José Corti, 1945)



JLB - 30.8.05


:: 29.8.05 ::

Un livre très Dada
 



Extrait : "Le problème des journalistes c'est la littérature Le problème des écrivains c'est le journalisme (Le problème des poètes c'est la mort)"

Thierry Théolier est l'outsider de cette rentrée littéraire qui s'annonce aussi ennuyeuse que la précédente. Hacktiviste amphétaminé du Web, Théolier a.k.a THTH (traduire : connu également sous le pseudo de Thth) est le fondateur du Syndicat du Hype (SDH) dont l'objectif principal est d'infiltrer les soirées mondaines afin de court-circuiter un système basé sur l'envie, la séparation, la rétention et l'exclusion. Caméra Animales publie son premier livre, un "report" textuel et visuel de cette joyeuse agitation bordélique on line et dans la "real life". Cette écriture poétique fragmentaire voire éclatée venant du Web garde toute sa saveur sur le papier. On ne peut pas ne pas penser à Dada en lisant Théolier. En quatrième de couverture, Mathias Richard, son éditeur souligne : " Crevard [baise-sollers], ou quand la haine de la littérature mène à la littérature la plus brute, la plus urgente, la plus nécessaire." Le livre n'a pas encore de diffuseur (donc introuvable en librairie) mais on peut le commander sur le site de Caméras Animales.

Autre extrait :

"Ecouter le silence
En épluchant des pommes de terre
Pour manger, pour vivre
Alors que l'idée de mourir vous épluche le cerveau

Je mange les épluchures de ma folie
Personne ne goûtera à sa chair tendre
Comme le cul d'un bébé"


JLB - 29.8.05


:: 19.8.05 ::

Inondation à la BN
 




Après-midi à la Bibliothèque nationale. Je renouvelle ma carte de lecteur. "Votre sujet, toujours Jacques Rigaut?" Hé oui! toujours lui... Les communications se font au compte-gouttes. Une charmante bibliothécaire m'explique qu'il y a eu une inondation et que les magasiniers sont occupés à sauver les livres à l'aide de sèche-cheveux. Je rencontre le directeur de la réserve qui doit me communiquer une correspondance. Reçu e-mail de la mairie de Châtenay-Malabry : "Je n'ai rien trouvé sur Rigaut ni sur son suicide." Coup de fil aux archives départementales des Hauts-de-Seine. Je tombe sur un archiviste enthousiaste qui va faire des recherches pour moi. Je dois retourner aux archives de la Préfecture de police de Paris. Châtenay a l'époque dépendait administrativement du département de la Seine. Ai retrouvé la fille de la propriétaire de la maison de la rue Singer. Elle a plus de 80 ans aujourd'hui. Nous échangeons des mails : " Je continue a chercher dans ma mémoire ce qui se passait rue Singer. tout ce que je sais c'est que maman avait hâte de s'en débarrasser, apparemment elle n'y avait que des ennuis. Elle n'aurait pas approuvé la drogue et le genre de partie dont vous parlez. Peut-être, est-ce à cause de Jacques Rigaut qu'elle avait tous ces problémes."

"Chère Madame, Merci pour vos réponses. Je ne pense pas que Jacques Rigaut ait causé des problèmes à votre mère, car malgré sa toxicomanie, c'était un homme charmant et discret."




JLB - 19.8.05


:: 16.8.05 ::

Patience & dépendance
 



"Je préférerais vivre, mais je fais ce que je peux. Les matinées passent aisément, c'est à quatre heures que commence l'idée fixe. A vous." (Extrait d'une lettre de Jacques Rigaut à Jacques-Emile Blanche, mai 1929)

Ai trouvé chez un ayant droit d'importantes correspondances concernant la période entre 1917 et 1919. "Vous êtes le premier à lire ces lettres" J'y trouve Rigaut mentionné plusieurs fois. Malheureusement, je suis dépendant de l'emploi du temps de la personne qui me donne l'accès à ces archives inédites. Je devrai revenir pour consulter ces centaines de lettres... Ne l'ai-je pas déjà dit? La qualité principale d'un biographe est la patience.


JLB - 16.8.05


:: 12.8.05 ::

"Pour aussi peu qu'elle me concerne, j'apprécie cette visite"
 



14 avril 1921, le gang Dada dans les dépendances de l'église Saint-Julien-le-Pauvre. De gauche à droite : Crotti, d'Esparbès, Breton, Rigaut (la moue dédaigneuse et la clope au coin des lèvres), Eluard, Ribemont-Dessaignes, Péret, Fraenkel, Aragon, Tzara, Soupault.

Retour au texte :

"Il est bien évident que je suis nul. Me suis-je assez moqué des mots « coeur » et « âme » pour découvrir avec pâleur, un beau matin, qu'il ne m'en restait plus ! Je n'imagine rien d'aussi sec que moi. Je ne tiens à personne ni à rien. Je n'attends rien. Je me rappelle avoir éclaté de rire. Je me rappelle avoir eu l'échine glacée à la pensée de la gloire. Je me rappelle avoir été ardeur d'amour. Il n'y a plus aucune vie en moi. En dehors de l'ennui je ne me trouve pas, je n'ai pas de place. Tout a été surfait ! Surfaite la guerre ! Surfaits les « paradis artificiels » ! Et l'amour donc !... Quel coup ! Mais on vivrait. Il n'y a au monde qu'une seule chose qui ne soit pas supportable : le sentiment de sa médiocrité."

(Extrait de "Propos amorphes", Jacques Rigaut)


JLB - 12.8.05


:: 9.8.05 ::

Aparté bovien et culinaire
 






Extrait du scénario :

"Séquence 24 : Intérieur nuit : un café sur le Fbg St Antoine

Depuis le café, on voit Charles accrocher son vélo sous une pluie d'orage. Charles antre dans le café, s'approche du comptoir et s'adresse au barman."


Ai passé une partie de la nuit dernière sur le tournage du film "le Pressentiment", le roman d'Emmanuel Bove adapté par Jean-Pierre Darroussin. Quatrième semaine de tournage. Jean-Pierre me demande de figurer dans son film, un travelling dans lequel j'apparais quelques secondes, un clin d'oeil à la Hitchcock... Nous dînons sur les lieux de la prise de vues : "Chez Ramulaud". Un excellent restaurant dont l'équipe est tout sourire (pas le sourire commercial forcé). De plus en plus rare à Paris : une bonne table, un accueil sympathique et des prix raisonnables. Une bonne accoustique également, on s'entend parler sans entendre les autres. Bref, une adresse à noter dans vos agendas : Chez Ramulaud au 269, rue du Faubourg Saint-Antoine 75011 Paris.
Le tél ? 01 43 72 23 29


JLB - 9.8.05


:: 5.8.05 ::

Graphologie
 



"l'énigmatique formule " Re-Aline" ne devrait-elle pas être lue : " Re-Alive. " ? (" Vivant, de nouveau "). L'écriture, reproduite au-dessus, de " I have got " semble plaider en faveur de cette hypothèse, malgré la majuscule, éventuellement attribuable à la césure du trait d'union..."

Pertinente suggestion d'Alexis. Ai regardé et comparé à l'aide d'un compte-fils les déliés des v de Rigaut, ils correspondent tous. Impossible de les confondre avec les n. Voici le télégramme de J.R. avec ce "Aline" qui m'avait induit en erreur...


JLB - 5.8.05


:: 3.8.05 ::

"I have got my cane" & "presse-raquettes"
 



La suite logique de "I want my cane" (1924) est la phrase "I have got my cane" écrite à Paris par J.R. en 1929 à la même amie américaine. "And may be I'll find the presse-raquettes" poursuit J.R. qui signe "Lord Patchogue" précédé d'un mystérieux "Re-Aline". L'énigme se corse...


Merci à Greg qui m'a envoyé les suggestions ci-dessous.


Toujours un plaisir de vous lire.
Je vous fais part de quelques commentaires :

- à propos du message de Rigaut : la formule "cane eh bien" m'a fait penser à un jeu de mots que j'ai tout de suite interprété comme "cannabis". En faisant une petite recherche, j'ai trouvé ceci : le terme, désignant la plante en question, kaneh-bos en hébreu, est traduit dans la plupart des bibles en anglais par "fragrant cane". Dans ce cens, le "eh" de Rigaut rappellerait le mot hébreu. Ceci dit, je pense que "cane" pour "cocaine" est effectivement plus plausible.

- sur les adjectifs tirés de noms d'auteurs :
. "quenien" est beaucoup plus fréquent que "quenaldien"
. Bob Black a écrit un livre intitulé "Theses on groucho-marxism"
. pour Artaud, il me semble que personne n'a osé "artaldien" ni aucun autre adjectif
(j'imagine : "Vous délirez, monsieur Bitton. Vous êtes artaldien. - Je ne délire pas. Je ne suis pas artaldien. Je suis rigaltien.")
(exercice : Etant donné l'adjectif "rimbaldien" s'appliquant à Rimbaud. Sachant que J.P. Verheggen préfère "rienbaldien" et que le nom d'Artaud est la contraction d'Arthur Rimbaud, est-ce qu'un nalpasien n'a pas le sien ?)
Sinon je proposerais "artothal" qui a le triple avantage de rappeler le concept d'art total, d'évoquer l'anesthésie psychiatrique et de contenir en son centre le nom de ce dieu égyptien de l'alchimie.
j'ai entendu des spécialistes de Michaux s'appeler "michelciens".

Amicalement
Greg (Bartlebooth, perec(q)ien donc)

P.S. : L'évocation de Verheggen est l'occasion de citer le vers, de sa litanie des morts, sur Rigaut :
"Rigaut en faisant plus qu'un art, un chef-d'oeuvre ;"
("Portrait de l'artiste en capitaine Haddock des morts" in On n'est pas sérieux quand on a 117 ans, L'Arbalète)


JLB - 3.8.05


:: 2.8.05 ::

"I want my cane" (suite et fin?)
 



Merci à Aloys pour sa contribution à notre énigme estivale et festive.
Rendez-vous demain avec un ayant droit dont le placard regorge d'archives inédites. Aucun inventaire n'a été réalisé. De temps en temps, un chercheur fébrile plonge dans ce trésor pour en extraire quelques pierres précieuses...


Cher Jean-Luc,

Ce mail d'un lecteur régulier, des souvenirs méandreux de son adolescence londonienne, pour vous confirmer l'usage de "cane" pour désigner la cocaïne (qu'on appelle aussi The Flow, The Merk, The Flake, ou encore Aunt Nora !) loin de l'aphérèse c'est simplement une abréviation de "candy cane" (la sucrerie), on a en fait dérivé par association de "cane sugar", le sucre en poudre de table, très simplement...

Amitiés,

Aloys P.


P.S. : Pour rester dans la vibe newyorkaise (certes plus proche de nous) et pour le plaisir, les paroles de Sugar Kane de Sonic Youth (assez évocatives après ces précisions)...

You're perfect in the way, a perfect end today
You're burning out their lights, and burning in their eyes
I love you Sugar Kane, a-comin' from the rain
Oh kiss me like a frog, and turn me into flame
I love you all the time, I need you 8 to 9
And I can stay all night, yr body shining

And I know
There's something down there sugar soul
Back to the cross a twisted lane
There something down there sugar kane

I'm back again in love, I'm back again a dove
Where'd you get your light, your smilin' sugar life
Another lovers day, another cracked up night
Every night I say, the light is coming

And I know
There's something down there sugar cone
Back to the cross a twisted lane
There's something down there sugar kane

Hey angel come and play, and fly me away
A stroll along the beach, until you're out of time
I love you sugar kane, a crack into the dream
I love you sugar kane, I love you sugar kane
I love you sugar kane, I love you sugar kane
I love you sugar kane, I love you sugar


JLB - 2.8.05

 

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Autre site du même auteur :

Emmanuel Bove,
la vie comme
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